Antalgiques, myorelaxants, lit médicalisé, TENS… : les kinés peuvent enfin prescrire, et ça change tout au cabinet
Il aura fallu près de vingt ans. Un nouvel arrêté, daté du 14 septembre 2026 et publié au Journal officiel cette semaine, remplace la liste de 2006 qui limitait la prescription des kinésithérapeutes à quelques dispositifs médicaux. Sa liste est bien plus large, et elle inclut pour la première fois des médicaments. Voici ce que vous pouvez prescrire, comment le faire correctement, et surtout ce que ce texte ne change pas.
Une liste de 2006 qui ne correspondait plus à la pratique
Jusqu’ici, un kiné pouvait prescrire un petit nombre de dispositifs médicaux. Pour tout le reste, il fallait renvoyer le patient vers son médecin, alors même que le besoin était identifié pendant la séance : une orthèse à ajuster, un lit à louer pour le retour à domicile, un antalgique simple pour passer un cap douloureux.
Ce décalage entre le terrain et la réglementation ralentissait les prises en charge et alourdissait le parcours du patient. L’arrêté vise à le corriger.
Ce qui entre dans votre champ de prescription
La liste compte 58 postes. Ils se regroupent en grandes familles.
Autonomie et maintien à domicile
Lit médicalisé (à la location), aides aux transferts (planche, guidon, draps de glisse, verticalisateur), barres de maintien et de douche, rehausseur de WC, couverts adaptés, fauteuil de repos, fauteuils roulants en location de moins de 3 mois.
Prévention des escarres
Matelas et coussins, y compris les matelas à air en location.
Orthèses et contention
Attelles rigides et articulées, orthèses moulées ou de correction progressive, sangles thoraciques et abdominales, collier cervical de repos, chaussures thérapeutiques, manchons, bas et collants de contention.
Rééducation instrumentale
Boîtiers de TENS et d’électrostimulation musculaire en location, matériel de rééducation périnéale, arthromoteur, appareil de cryocompression, cryothérapie gazeuse, compresses thermothérapiques.
Respiratoire
Débitmètre de pppointe, spiromètre, dispositifs de désencombrement, chambre d’inhalation, aérosols d’humidification, aspirateur trachéal et sondes, oxymètre de pouls, saturomètre, tensiomètre.
Soins courants
Pansements (dont hydrocolloïdes et étanches), sparadrap, crèmes cicatrisantes, émollientes ou anesthésiantes, gel hydratant vaginal, sérum physiologique en unidose, préservatifs.
Rééducation oro-faciale
Outils de rééducation mandibulaire, de la posture linguale et de la respiration nasale, dispositifs de lavage de nez.
La vraie nouveauté : les médicaments
C’est la première fois que le kiné peut prescrire certains médicaments, uniquement ceux qui sont en lien direct avec son exercice :
- les antalgiques de palier 1 de la classification de l’OMS ;
- les myorelaxants ;
- les mucolytiques ;
- certains antiseptiques locaux, hors composés iodés.
Les formes injectables sont exclues pour les antalgiques et les myorelaxants. Les substituts nicotiniques restent prescriptibles, comme depuis la loi de 2016. Vous pouvez aussi vous procurer des antiseptiques locaux (hors composés iodés) pour votre usage professionnel.
Autre nuance à connaître : le sérum salé hypertonique pour nébulisation n’est prescriptible que dans le cadre d’un renouvellement de prescription.
Comment prescrire, concrètement
Le formalisme est simple, mais il compte :
- Une ordonnance datée, qui identifie le patient et porte votre signature.
- Une justification clinique : la prescription doit découler de la prise en charge du patient.
- Vos compétences : le produit doit relever de votre champ d’exercice.
- La liste, rien que la liste : un produit absent de l’arrêté ne peut pas être prescrit.
Ce que le texte ne change pas
Ce n’est pas un nouveau métier. L’Ordre le précise : l’arrêté ne crée pas de nouveau champ d’exercice. Il permet simplement de prescrire ce qui est nécessaire aux soins que vous dispensez déjà.
Le code de déontologie continue de s’appliquer. Vous restez responsable de vos décisions, de vos actes et de vos prescriptions (art. R. 4321-112), et vous ne devez pas, sauf circonstances exceptionnelles, intervenir ou prescrire au-delà de vos compétences, de vos connaissances, de votre expérience et de vos moyens (art. R. 4321-113).
Prescrire un antalgique ou un myorelaxant suppose donc de bien connaître les indications, les contre-indications et les interactions. Cette liberté nouvelle s’accompagne d’une exigence de montée en compétences.
Ce que ça change pour vos patients
Moins d’allers-retours, moins de délais. Le patient qui a besoin d’une attelle, d’un tensiomètre ou d’un lit médicalisé repart avec son ordonnance dès la séance. Pour la profession, c’est une reconnaissance de l’expertise clinique du kiné et une plus grande cohérence du parcours de soins.
À retenir
- L’arrêté du 14 septembre 2026 remplace celui de 2006 et élargit fortement la liste.
- Les médicaments entrent pour la première fois dans le champ de prescription.
- Seuls les produits expressément listés sont prescriptibles.
- Votre responsabilité personnelle et les limites de vos compétences restent au cœur de la pratique.
Sources
Actualité de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes du 16 septembre 2026 ; arrêté du 14 septembre 2026 fixant la liste des produits de santé que les masseurs-kinésithérapeutes sont autorisés à prescrire (Légifrance, JORFTEXT000054842683). (Lien vers l’article)