Bébés prématurés : et si 3 × 10 minutes par jour avec leurs parents changeaient leur trajectoire ?
Un bébé né trop tôt, des mouvements brusques, peu variés, un lien parent-enfant qui peine à s’installer… Et si l’on pouvait agir dès les premières semaines de vie, avec des gestes simples, une comptine et les parents au centre de la prise en charge ? C’est le pari de Annik Beaulieu, kinésithérapeute et ostéopathe de formation devenue psychologue, récompensée en 2022 par le Prix de Recherche Action de la Fondation Mustela.
Le projet : intervenir « précocissime »
Son travail postdoctoral porte sur l’accueil des bébés nés prématurément ou à risque de trouble du neurodéveloppement. L’idée est de tester une intervention très précoce auprès d’environ 75 enfants nés prématurés ou ayant subi des atteintes cérébrales. Il accompagne un dispositif de détection précoce des troubles du neurodéveloppement jusqu’à 12 mois, déployé par l’unité mobile de psychiatrie périnatale commune aux hôpitaux Pitié-Salpêtrière, Tenon et Armand Trousseau.
Le protocole : deux volets
- Des exercices quotidiens à domicile, réalisés par les parents avec leur nouveau-né jusqu’à l’âge de deux mois : dix minutes, trois fois par jour, dans une position confortable qui favorise les échanges de regards et de sourires. Les gestes sont accompagnés d’une comptine, à choisir dans un répertoire de cinq.
- Une guidance parentale hebdomadaire, en présentiel ou en visioconférence, pour relancer le lien précoce et placer le parent au cœur de la prise en charge.
Le protocole utilisé est celui de Soloveichick (2020) : il s’agit de faire reproduire au bébé, par les exercices, les mouvements de qualité qu’un bébé en bonne santé réaliserait spontanément.
Pourquoi s’intéresser aux « mouvements généraux » ?
- L’évaluation des mouvements généraux (la motricité spontanée du bébé allongé sur le dos, sans tétine ni stimulation) est simple, non invasive et très peu coûteuse.
- Sa valeur prédictive serait supérieure à celle de l’examen neurologique et comparable à celle de l’IRM.
- C’est à la fois un outil d’évaluation et un outil de traitement.
- Les bébés aux mouvements désorganisés, brusques et saccadés perturbent malgré eux la façon dont on les porte et dont on s’en occupe. Accompagner les parents dans ce « corps-à-corps » améliore la qualité de leurs interactions.
- Faire réaliser au bébé les mouvements que son système nerveux devrait produire seul permettrait de compenser une fragilité initiale et de franchir des étapes qui resteraient sinon difficiles. L’objectif est de mieux préparer la période de 3 à 5 mois, décisive pour le développement psychomoteur et relationnel.
Le signal à guetter : les mouvements « fidgety »
Les mouvements fidgety sont de petites rotations visibles au niveau des mains et des pieds, qui donnent de la fluidité et de l’élégance à la gestuelle du bébé. Leur apparition est associée à un développement ultérieur harmonieux. Le protocole est appliqué à des bébés à risque (prématurés, fratries d’enfants autistes) dans l’espoir de voir apparaître ces mouvements ainsi que les mouvements vers la ligne médiane, premiers pas vers une motricité volontaire et dirigée vers l’autre.
Les parents, au centre
Les parents sont considérés comme le centre organisateur de la motricité et des intentions du bébé. Un bébé qui va bien s’organise autour de son parent, physiquement et relationnellement : c’est vers lui qu’il adressera ses premiers mouvements volontaires. Après une naissance prématurée, les capacités d’interaction des parents sont souvent fragilisées, d’autant plus quand les mouvements du bébé sont peu variés ou grossiers. L’entrée du bébé dans un engagement actif vers l’autre est le point central de la recherche.
Ce que dit la littérature
L’intérêt d’une prise en charge précoce des troubles du neurodéveloppement, sur le plan relationnel comme sur celui des mouvements généraux, est étayé par de nombreuses études (Dawson 2008, Green 2013, Jones 2016). Ces travaux reposent sur la plasticité neuronale et sur le soutien de l’environnement. Whitehouse (2021) rapporte une réduction marquée du taux d’autisme grâce au soutien des parents auprès de bébés en retrait relationnel. D’autres travaux (Soloveichick 2020) recommandent d’intervenir dès les premières semaines, dès que des mouvements généraux inquiétants sont repérés.
SSK Formation propose la formation Prise en charge en neuro-pédiatrie et bilan neuromoteur de l’enfant de 0 à 6 ans
Ces approches centrées sur l’observation des mouvements spontanés du nourrisson et sur l’implication des parents sont abordées dans notre formation, pour vous permettre de les intégrer dans votre pratique.
Sources
- Fondation Mustela, « Annik BEAULIEU – Prix de Recherche Action 2022 » (présentation du projet et entretien)
https://www.fondationmustela.com/fr/prix-et-bourses/prix-de-recherche-action/2022-annik-beaulieu - ARIP, « BEAULIEU Annik » (fiche intervenante)
https://arip.fr/intervenant/beaulieu-annik/