3 manœuvres de Philippe Boullery à intégrer dès demain dans votre bilan neuromoteur de l’enfant hypertonique (vidéos)
Une hypertonie complique le bilan comme la rééducation. Dans la formation « Prise en charge en neuro-pédiatrie et bilan neuromoteur de l’enfant de 0 à 6 ans », Philippe Boullery, kinésithérapeute expert en neurologie pédiatrique, enseigne des manœuvres simples, reproductibles et respectueuses de la physiologie de l’enfant. Voici trois d’entre elles en vidéo, avec leur principe, leurs indications et leur déroulé.
Technique n°1 : décontraction et mise en allongement des adducteurs
Dans les pathologies neuro-pédiatriques avec hypertonie, les rétractions musculaires s’installent vite et peuvent mener à des attitudes vicieuses graves (équin fixé, luxation de hanche). Une bonne installation et un appareillage adapté sont indispensables, et le kiné a sa place dans la prévention et la surveillance. Les étirements classiques étant mal supportés et peu efficaces (HAS), on privilégie des exercices de motricité en position d’allongement maximal, préparés par des manœuvres d’allongement.
Deux techniques, selon le profil de l’enfant.
- Manœuvres de décontraction automatique : vous êtes assis dos au mur, l’enfant entre vos jambes, membres inférieurs en écartement maximal. Répétez alternativement à droite et à gauche : le relâchement permet de gagner en amplitude, sans effort ni douleur.
- Réactions antigravitaires : vous êtes derrière un gros ballon, l’enfant assis dessus, une jambe repliée et l’autre en adduction maximale. Basculez-le sur le côté et vers l’arrière, du côté du membre replié : les abducteurs opposés se contractent et les adducteurs se relâchent.
Ces manœuvres permettent d’évaluer les possibilités d’allongement et préparent des exercices de motricité avec un enfant plus décontracté. Répétez-les aussi souvent que nécessaire, surtout en cas de diffusion de contractions à l’effort.
Technique n°2 : décontraction automatique du membre inférieur
Manœuvre
Une manœuvre pour obtenir une flexion passive facilitée du membre inférieur chez un enfant dont la jambe est raide en extension. Elle s’appuie sur des mécanismes réflexes à partir de l’afférence plantaire : la stimulation des récepteurs cutanés et articulaires du gros orteil active des circuits de flexion réflexe, le tonus en extension est inhibé et le membre inférieur se relâche.
Pourquoi la réaliser
Pour obtenir une flexion passive facilitée et diminuer temporairement le tonus en extension, corriger les postures anormales, objectiver une rétraction musculaire, évaluer le contrôle moteur proximal (hanche, genou) et mettre en place une posture corrigée propice à une motricité proche de la normale.
Comment la réaliser
- L’enfant est allongé sur un tapis, en décubitus dorsal.
- Placez l’ensemble du pied en varus (inversion).
- Fléchissez passivement l’hallux.
- Le membre inférieur se relâche : portez-le en triple flexion.
Dans quelles circonstances
En début de séance, puis répétée si nécessaire. Elle peut être enseignée aux accompagnants (confort, toilette, habillage). À force de répétition, l’enfant reconnaît la manœuvre et en apprécie l’effet.
Pour quels enfants
Ceux présentant une hypertonie des membres inférieurs (paralysie cérébrale, hémiplégie infantile, pathologie génétique), des retards moteurs ou des troubles du développement neuromoteur, quel que soit le lieu de suivi (CAMSP, libéral, hôpital de jour).
Technique n°3 : décontraction automatique du membre supérieur
Ce que montre la vidéo
Une méthode pragmatique pour relâcher le membre supérieur, plus complexe que le membre inférieur, afin de rendre l’enfant disponible pour un geste fonctionnel.
Pourquoi c’est plus difficile
Les schémas pathologiques du membre supérieur sont plus variables : le thérapeute doit s’adapter et choisir la manœuvre la plus appropriée.
Le principe
L’effet ténodèse pour ouvrir la main, la pronation du coude et la rotation interne de l’épaule pour décontracter les chaînes proximales, et la recherche de disponibilité motrice pour permettre des gestes fonctionnels.
Comment la réaliser
- Ténodèse : un doigt sur le deuxième espace intermétacarpien (face dorsale), poignet légèrement fléchi : la main s’ouvre.
- Rotation : avant-bras en pronation et épaule en rotation interne : le coude s’ouvre.
- Étirement : bras en rotation externe/supination, poignet en extension, doigts ouverts, lentement et dans les limites tissulaires.
- Réintégration fonctionnelle : ramenez le bras en avant en rotation interne, puis invitez l’enfant à un geste fonctionnel (saisir, pointer, atteindre une cible).
- Répétition : si le geste n’est pas reproductible, recommencez en variant les chemins d’accès.
Dans quel esprit
Kinésithérapie neurodéveloppementale (type Bobath) et guidance motrice (Le Métayer), par une mobilisation réflexe douce qui contourne l’hypertonie sans la majorer, dans un cadre ludique et interactif.
Allez plus loin avec SSK Formation
Ces techniques sont extraites de la formation « Prise en charge en neuro-pédiatrie et bilan neuromoteur de l’enfant de 0 à 6 ans », dispensée par Philippe Boullery et proposée par SSK Formation. Ce cursus complet est éligible aux financements FIFPL/DPC. L’objectif : vous apporter des outils simples, efficaces et respectueux de la physiologie de l’enfant, à intégrer directement dans votre pratique.