Coureurs blessés : analyse vidéo, cadence, reprise… ce que 3 jours de formation changent dans votre cabinet (Vidéo)
La course à pied attire de plus en plus de monde, et les cabinets de kinésithérapie le constatent. Pourtant, la pratique est moins anodine qu’elle n’en a l’air. Avec la formation « Prise en charge et analyse du coureur », Hélène Portefaix et Emeric Pierreton proposent une démarche complète : comprendre le coureur, objectiver son geste, soigner, puis l’accompagner jusqu’à la reprise.
Une formation qui part de la réalité du coureur
La formation commence par le coureur lui-même, avant les protocoles. Le premier jour revient sur l’évolution de la pratique : du chasseur à l’athlète, puis à la course « hygiéniste » d’aujourd’hui. Vous revoyez aussi ce qui distingue les types de courses (piste, route, trail, ultra, triathlon, swim run, raids…), la gestion de l’effort et le rôle des filières énergétiques. Une question traverse cette partie : le morphotype du coureur influence-t-il sa pratique, et inversement ?
Cette base compte, car on ne traite pas de la même façon un coureur de 10 km sur route, un traileur et un triathlète.
Ce que cela va changer dans votre pratique
1. Vous passerez de l’observation à l’objectivation
Le programme vous apprend à observer un coureur : quels sont les points clés, quels outils utiliser, et comment s’aider de l’analyse vidéo pour objectiver, comprendre et corriger le mouvement. Le bilan, statique puis dynamique, devient ciblé et mesurable.
2. Vous ne traiterez plus seulement la zone douloureuse
La formation insiste sur l’imbrication du pied, de la cheville, du genou et de la hanche, puis du bassin, du rachis et même des épaules. Vous raisonnez en chaîne de mouvement.
3. Vous accompagnerez la reprise au-delà de la rééducation
C’est souvent le chaînon manquant. Le troisième jour vous apprend à quantifier les charges d’entraînement, à planifier la reprise et à décider quand, comment et pourquoi modifier une foulée. L’objectif est que le patient atteigne son objectif sans nouvelle blessure.
4. Vous rendrez le patient autonome
La formation met l’accent sur l’auto-évaluation et l’éducation du patient, pour qu’il s’approprie ses critères d’arrêt, de continuité et de modulation de l’activité. Un programme d’auto-rééducation et de prévention clôt la prise en charge, ce qui réduit les risques de récidive.
Ce que vous apprendrez concrètement
- Biomécanique : Vous reprenez la marche, la course, la pose du pied, l’onde de choc, ainsi que la façon d’emmagasiner et de restituer l’énergie. Vous travaillez aussi les notions de core stability et de foot stability, et la neuroplasticité.
- Bilan clinique. Au programme : l’anamnèse (quelles questions poser, que faut-il savoir pour traiter), puis l’analyse statique et dynamique, avec les tests clés et la façon de les utiliser.
- Rééducation : Vous identifiez les zones cibles à renforcer, vous revoyez les types de travail (avec l’intérêt de l’excentrique) et vous stabilisez, qui reste l’axe principal de la rééducation selon le programme. Vous connaissez aussi les délais de cicatrisation et les prises en charge des pathologies de la course.
- Technique de course : Vous apprenez à déterminer la pose de pied et la cadence de votre coureur, puis à les optimiser. Vous découvrez la course médio-pied et la façon de la planifier, et vous construisez des exercices spécifiques pour faire évoluer la foulée sans contrainte, en vous appuyant sur les notions de PPG et de PPS.
- Matériel : Le programme examine les chaussures « tendance », les orthèses plantaires, et les accessoires (bâtons, sac à dos, appareils connectés). Il se demande ce qu’ils apportent et quelles pathologies ils peuvent induire.
Quelles pathologies pourrez-vous mieux prendre en charge ?
Le programme organise la pathologie par région, ce qui correspond à la façon dont vos patients arrivent au cabinet :
- Membre inférieur : pied, cheville, genou, hanche.
- Bassin.
- Rachis dans son ensemble.
- Épaules, pour leur rôle dans le mouvement de course.
Pour chacune, la formation reprend les rappels anatomiques et biomécaniques, puis la symptomatologie.
Le dernier jour va plus loin avec le module « J’ai mal donc je cours ». La question posée : la course peut-elle avoir un intérêt thérapeutique chez un non-coureur ? Les pistes évoquées concernent les pathologies du genou (décharge d’un compartiment), les pathologies lombaires, la hanche protrusive et l’instabilité de cheville. Le programme s’intéresse aussi aux limites du concept, c’est-à-dire aux pathologies que peut induire un mauvais apprentissage de la course ou de la pose de pied.
Une formation EBP : en quoi ?
- Une démarche annoncée : Le projet pédagogique s’appuie sur les données scientifiques, l’expérience des participants et du formateur, et les attentes des patients, pour co-construire une prise en charge adaptée.
- Une bibliographie fournie : Le programme cite une quarantaine de références, dont de nombreux travaux sur les tendinopathies (achilléenne, rotulienne, fessière), le travail excentrique et la course (pose du pied et risque de blessure, course pieds nus). On y trouve aussi des références sur les tests fonctionnels.
- Une évaluation des acquis : Un contrôle des connaissances avant et après la formation (QCM et questions courtes) mesure votre progression.
- Le patient au centre. Les décisions se prennent avec lui : critères d’arrêt, adaptation de la charge, autonomie.
Deux formateurs issus du terrain
- Hélène Portefaix, kinésithérapeute du sport (licence 3 STAPS), est spécialiste running. Elle a été entraîneur en athlétisme et en natation, et a travaillé en soutien marketing sur des événements sportifs régionaux pour Nike France. Elle a aussi rédigé des articles sur des sujets comme la préparation à une course ou la chaussure minimaliste.
- Emeric Pierreton, kinésithérapeute et ostéopathe du sport, est entraîneur de triathlon et ancien athlète de haut niveau. Il a suivi des athlètes pour les JO d’Athènes et de Pékin, travaille depuis 2003 avec la fédération française de ski, a pris en charge les gymnastes du pôle France de Marseille et intervient pour la fédération française de triathlon. Il est également intervenu sur diverses courses à pied.