Optimiser la prise en charge de la douleur : Ce que la science dit de l’hypnose en complément des soins
Dans un contexte où la gestion de la douleur, qu’elle soit aiguë ou chronique, reste un défi majeur en santé publique, les kinésithérapeutes cherchent continuellement des outils sûrs et efficaces pour enrichir leur arsenal thérapeutique. Une méta-analyse récente publiée dans Pain Reports fait le point sur l’apport de l’hypnose lorsqu’elle est utilisée comme traitement adjuvant.
L’hypnose clinique, définie par une induction suivie de suggestions ciblées, vise à modifier la perception sensorielle, émotionnelle et cognitive de la douleur. Mais quel est son impact réel sur le terrain ?
Quel est l’impact réel de l’hypnose combinée aux soins médicaux standard ?
L’étude montre que l’ajout de l’hypnose aux soins usuels (médicaments, protocoles hospitaliers standards) apporte un bénéfice supplémentaire, pour tous les types de douleurs étudiés.
- Douleurs chroniques : Une réduction supplémentaire de l’intensité de la douleur de -8,2 sur une échelle de 100 a été observée.
- Procédures médicales et chirurgicales : L’effet adjuvant est de -6,9 sur 100.
- Soins de brûlures : L’impact est de -8,8 sur 100.
Au-delà de l’intensité douloureuse, l’hypnose associée aux soins standards permet souvent une réduction significative de l’utilisation de médicaments analgésiques lors des procédures. Elle influence également positivement des facteurs secondaires tels que la nausée, la fatigue et l’anxiété liée aux gestes médicaux.
Comment l’éducation thérapeutique influence-t-elle l’efficacité de l’hypnose ?
C’est ici que l’étude apporte un éclairage particulièrement intéressant pour les kinésithérapeutes. L’alliance de l’hypnose et de l’éducation thérapeutique semble produire un effet synergique, notamment dans la douleur chronique, avec une réduction de l’intensité de la douleur de -11,5 sur 100 (effet modéré).
Pourquoi une telle efficacité ? Les chercheurs suggèrent que l‘éducation aux neurosciences de la douleur prépare le patient. En comprenant que des facteurs cognitifs et émotionnels influencent leur douleur, les patients acceptent mieux des interventions « ciblées sur le cerveau » comme l’hypnose, y voyant une opportunité de « réentraîner » leur système nerveux. En revanche, pour les douleurs post-chirurgicales aiguës, l’éducation simple n’a pas montré de bénéfice supplémentaire significatif, sauf lorsqu’elle intègre des composantes biopsychosociales profondes.
Quelles sont les limites méthodologiques affectant la certitude des preuves ?
Malgré des résultats encourageants, les auteurs soulignent que la certitude des preuves actuelles reste très basse à basse. Plusieurs facteurs expliquent cette prudence :
- Le biais d’attention : Dans de nombreuses études, le groupe recevant l’hypnose bénéficie de plus de temps et d’attention de la part du thérapeute que le groupe témoin. Il est donc difficile de distinguer l’effet propre des suggestions hypnotiques de l’effet contextuel lié à la présence du soignant.
- La qualité méthodologique : Un manque de transparence dans le rapport des scripts d’hypnose utilisés, des échantillons de petite taille et l’absence de protocoles pré-enregistrés limitent la fiabilité des conclusions.
- L’hétérogénéité : Les méthodes de délivrance (en direct, audio, réalité virtuelle) et le nombre de séances varient énormément, rendant les comparaisons complexes.
Zoom sur l’étude : Chiffres et méthodologie
Cette revue systématique et méta-analyse, mise à jour jusqu’en janvier 2024, représente un travail colossal de synthèse.
- Échantillon : 88 essais contrôlés randomisés (RCT) ont été inclus, totalisant 7 356 participants.
- Méthodologie : Les chercheurs ont comparé l’hypnose adjuvante (hypnose + intervention primaire) à l’intervention primaire seule. Les données ont été converties sur une échelle de douleur commune de 0 à 100.
- Résultats clés : L’effet le plus marqué a été observé en combinaison avec les médicaments pour les douleurs chroniques (-13,2 sur 100) et avec l’éducation. En revanche, l’ajout de l’hypnose aux thérapies psychologiques (comme la TCC) n’a pas montré de bénéfice immédiat supplémentaire, bien qu’un léger avantage apparaisse à 3 mois de suivi.
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Analogie pour vos patients : Utiliser l’hypnose en complément de vos soins habituels, c’est comme ajouter un lubrifiant de haute qualité dans les rouages d’une machine. La machine (le traitement médical ou physique) fait le travail de base, mais le lubrifiant (l’hypnose) réduit les frictions, l’usure et permet à l’ensemble du système de fonctionner avec beaucoup plus de fluidité et moins d’effort.
Source :
Jones HG, Rizzo RRN, Pulling BW, et al. Adjunctive use of hypnosis for clinical pain: a systematic review and meta-analysis. Pain Rep. 2024;9(5):e1185. Published 2024 Sep 10. doi:10.1097/PR9.0000000000001185.