Gain d’amplitude de la mâchoire : Le protocole de contracté-relâché pour débloquer l’ATM en cabinet
Un trismus sévère peut littéralement paralyser le quotidien d’un patient : impossible de mordre correctement, de parler sans gêne, parfois même de s’alimenter normalement. Après une extraction de dents de sagesse compliquée ou une chirurgie d’avancée mandibulaire, il n’est pas rare de recevoir en cabinet des patients dont l’ouverture buccale ne dépasse pas 10 mm, contre une norme physiologique avoisinant les 50 mm.
Face à ce type de restriction, la tentation peut être grande de vouloir « forcer » l’articulation temporo-mandibulaire pour gagner rapidement de l’amplitude. Pourtant, une approche progressive, s’appuyant sur les principes du contracté-relâché, permet d’obtenir des résultats à la fois rapides et sécurisés, sans brusquer une articulation déjà fragilisée.
Dans cet article, nous détaillons un protocole clinique précis, applicable dès la première séance, y compris lorsque l’ouverture buccale est trop réduite pour permettre une prise intra-buccale d’emblée. Chronologie des contractions, positionnement des prises, gains d’amplitude attendus : voici de quoi structurer efficacement votre prise en charge de l’ATM en cabinet.
Déroulé clinique et principes de la technique
Circonstances et indications
Cette technique s’adresse aux patients présentant une restriction importante d’ouverture buccale, consécutive par exemple à des extractions de dents de sagesse ou à une chirurgie d’avancée mandibulaire, ne permettant parfois qu’une ouverture initiale d’à peine 10 mm.
Principe de la technique
Il s’agit d’une manœuvre de contracté-relâché visant à gagner de la mobilité en sollicitant les barrières motrices successives.
Étape 1, Prise externe (si l’accès intra-buccal est impossible) :
- Lorsque l’ouverture est trop réduite pour positionner les doigts en bouche, le praticien débute par une prise externe.
- Le praticien demande au patient de fermer légèrement la bouche en poussant la mâchoire inférieure vers le haut pendant qu’il opposa une résistance.
- La contraction isométrique est maintenue pendant 5 secondes.
- Le patient relâche sa pression et le praticien relâche sa résistance.
- Un temps de repos de 4 à 5 secondes est respecté avant d’aller chercher la deuxième barrière motrice.
- La procédure est réitérée sur cette nouvelle barrière motrice.
Étape 2, Prise intra-buccale (dès que l’amplitude le permet) :
- Dès qu’il y a assez d’espace, le praticien positionne ses pouces sur les molaires du patient.
- Le praticien amène l’articulation à sa première barrière motrice (possibilité maximale d’ouverture buccale du patient).
- Le patient effectue une poussée de fermeture contre les pouces du praticien pendant 5 secondes.
- Le patient et le praticien relâchent simultanément la pression.
- Après 5 secondes de repos, l’ouverture est augmentée vers la barrière motrice suivante et le cycle recommence.
Note de la formatrice : Ce protocole de contracté-relâché gagne à être complété par des techniques de relaxation musculaire, notamment par pressions glissées profondes le long des muscles masséters, au niveau des joues.
Posologie & Répétitions
Le protocole est réalisé généralement 4 à 6 fois par séquence.
Objectifs et résultats attendus
La technique permet de récupérer rapidement une amplitude fonctionnelle. En moyenne, on obtient un gain de 8 à 10 mm dès la première séance, permettant d’atteindre une ouverture normale de 50 mm au bout de 3 à 4 séances.
Foire Aux Questions (Pratique quotidienne du kiné)
Comment débuter le traitement si le patient présente une ouverture buccale quasi nulle ?
Si la bouche est bloquée aux alentours de 10 mm d’ouverture, il ne faut pas forcer le passage intra-buccal. On commence par une prise externe sur la mâchoire inférieure avant d’introduire les pouces en intra-buccal une fois l’amplitude libérée.
Où faut-il placer les prises manuelles en intra-buccal ?
Les pouces se positionnent directement sur les molaires inférieures pour résister à la poussée de fermeture du patient.
Quelle est la chronologie précise du contracté-relâché ?
Appliquer 5 secondes de poussée isométrique, suivies de 4 à 5 secondes de repos complet, puis rechercher la barrière motrice suivante avant de répéter.
Combien de séances sont nécessaires pour retrouver une ouverture physiologique ?
La technique s’effectue sur 4 à 6 répétitions par séance, générant environ 8 à 10 mm de gain immédiat. Généralement, 3 à 4 séances suffisent pour passer d’un trismus sévère à une ouverture normale de 50 mm.
Points clés à retenir
- Progression des prises : Commencer en prise externe si l’ouverture est < 10 mm, puis passer en prise intra-buccale (pouces sur les molaires) dès que l’espace le permet.
- Rythme du protocole : Contraction de 5 secondes / Repos de 4 à 5 secondes / Gain d’amplitude / Répété 4 à 6 fois.
- Efficacité chiffrée : 8 à 10 mm récupérés par séance, retour à la normale (50 mm) en 3 à 4 séances.
- Indications phares : Séquelles d’extractions de dents de sagesse ou de chirurgie d’avancée mandibulaire.
Se former avec SSK Formation
Cette technique manuelle est issue de la formation « Prise en charge clinique spécifique des dysfonctions de l’ATM et craniomandibulaires en thérapie manuelle », dispensée par Martine Auran pour SSK Formation.