Interview de Margosexo et Clara Bonneau : Pourquoi limiter le périnée au post-partum est une erreur clinique (et comment optimiser votre pratique)
En tant que masseurs-kinésithérapeutes, la rééducation périnéale fait partie intégrante de notre quotidien thérapeutique. Pourtant, une idée reçue persiste, tant chez les patientes que dans le parcours de soin classique : le bilan périnéal ne se ferait qu’en post-partum. Or, limiter la sphère pelvi-périnéale à la seule fonction obstétricale ou à la gestion mécanique de l’incontinence est une erreur clinique majeure. La santé périnéale est intimement liée à la santé sexuelle, au plaisir, et à la gestion des douleurs intimes.
En intégrant la dimension de la sexualité et de la mécanique de l’orgasme dans votre pratique, vous offrez à vos patientes une prise en charge globale, libérée des tabous, et d’une efficacité thérapeutique démultipliée. Voici une synthèse pratique issue des échanges enrichissants entre Margosexo et Clara Bonneau, kinésithérapeute et formatrice SSK, pour faire évoluer votre regard et enrichir votre accompagnement en cabinet.
Tonus, lubrification et mécanique de l’orgasme
Le périnée joue un rôle physiologique de premier plan dans l’expérience sexuelle, tant sur le plan des sensations que sur celui des sécrétions. Comprendre cette biomécanique permet d’expliquer à vos patientes comment le contrôle musculaire influence directement leur vécu intime.
- Amplification des sensations : La contraction volontaire augmente de manière significative les sensations internes, tant pour la personne qui contracte que pour son partenaire (les hommes possédant également un périnée actif pendant les rapports).
- La lubrification facilitée par l’anatomie : Les fibres musculaires superficielles du périnée recouvrent le clitoris. Sur le plan purement anatomique, la contraction de ces muscles stimule indirectement le clitoris ainsi que les glandes de Bartholin (glandes vestibulaires majeures situées près des grandes lèvres), favorisant ainsi la sécrétion de cyprine et la lubrification vaginale. Note clinique : Cette stimulation mécanique a ses limites ; en cas de sécheresse d’origine hormonale (baisse des œstrogènes à la ménopause, par exemple), la seule contraction musculaire ne suffira pas à compenser le déficit de lubrification.
- La motricité de l’orgasme : Sur le plan mécanique, l’orgasme est une alternance réflexe de contractions et de relâchements musculaires du périnée. Un périnée tonique et sain permet d’obtenir des contractions plus intenses, favorisant un orgasme plus profond, diffus et intense.
L’hypertonie périnéale, le piège du muscle qui ne sait plus lâcher
Si la tonicité est recherchée, l’excès de tension (hypertonie) est un motif fréquent de consultation qui altère l’équilibre intime et sexuel des patientes.
- Le paradoxe de l’hypertonie et de l’orgasme : Contrairement aux idées reçues, un périnée hypertonique ne garantit pas de meilleurs orgasmes. Bien qu’il ne bloque pas systématiquement l’accès au plaisir, il peut en limiter grandement l’intensité. L’orgasme exigeant une alternance de contraction et de relâchement, un muscle incapable de se détendre reste verrouillé, ce qui écrase la dynamique réflexe de l’orgasme. Notre rôle en tant que kinésithérapeute est donc d’enseigner autant le verrouillage actif que la capacité de relâchement complet.
- Douleurs et pathologies associées : L’hypertonie est fréquemment corrélée à des douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunies superficielles ou profondes). On la retrouve de manière exacerbée dans le vaginisme, ou de manière secondaire dans des pathologies inflammatoires complexes comme l’endométriose. Lorsque l’hypertonie génère ou entretient la douleur, l’atteinte de l’orgasme devient alors extrêmement ardue, créant un cercle vicieux d’appréhension et de contraction réflexe.
Briser le dogme du post-partum et libérer la parole en cabinet
Toute dysfonction pelvi-périnéale, qu’elle soit d’origine mécanique, cicatricielle ou hormonale, a un impact potentiel sur la sexualité de vos patientes. Il est capital de repenser le moment et la manière dont nous abordons ces sujets.
- Des impacts physiques et psychologiques : Qu’il s’agisse de sécheresse vaginale liée à des fluctuations hormonales, de cicatrices douloureuses post-accouchement (épisiotomie, déchirure), ou d’adhérences tissulaires liées à l’endométriose, la douleur physique altère directement la sexualité. De plus, des troubles comme l’incontinence urinaire ou le prolapsus (descente d’organes) ont un impact psychologique majeur : la honte vis-à-vis du partenaire ou l’appréhension de la fuite inhibent l’intimité, même si l’acte reste mécaniquement possible.
- La nécessité d’un bilan précoce : Attendre le post-partum pour réaliser un bilan périnéal est une aberration clinique et sociétale. Les femmes devraient avoir accès à la connaissance de leur anatomie intime le plus tôt possible. En tant que thérapeutes, nous avons un rôle d’éducation primordial pour lever les tabous, aider nos patientes à faire la paix avec leur corps (parfois marqué par des traumatismes intimes) et leur apprendre à protéger cette zone bien avant toute grossesse. La clé de voûte de notre accompagnement reste une communication ouverte et bienveillante.
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Sources :
Contenu basé sur les interviews réalisées par Margosexo, Sexothérapeute et Clara Bonneau (alias @frombody.withlove).