Neuro-pédiatrie : Anticiper pour Agir — Le Guide Scientifique du Kinésithérapeute face aux TND
En tant que kinésithérapeutes, nous sommes souvent en première ligne pour observer le développement moteur de l’enfant. Face aux Troubles du Neurodéveloppement (TND), qui regroupent les handicaps intellectuels, les troubles du spectre de l’autisme (TSA), ou encore les troubles moteurs comme le trouble développemental de la coordination, notre rôle de détection précoce est crucial pour optimiser l’avenir fonctionnel de nos jeunes patients.
Quels sont les principaux facteurs de risque à surveiller ?
L’identification des risques doit idéalement se faire dès la période périnatale. On distingue deux catégories de risques cliniques :
- Haut risque : La grande prématurité (< 32 SA), le retard de croissance intra-utérin sévère (< 3e percentile), l’encéphalopathie hypoxo-ischémique nécessitant une hypothermie, les anomalies de la croissance cérébrale (micro/macrocrânie) et les antécédents familiaux de TND au premier degré.
- Risque modéré : La prématurité modérée ou tardive (32 à 36 SA + 6 jours), les expositions prénatales à des toxiques (alcool, valproate de sodium) et certaines infections congénitales comme le cytomégalovirus.
Il ne faut pas négliger les vulnérabilités socio-économiques et psychoaffectives du milieu familial, qui peuvent aggraver la trajectoire développementale de l’enfant.
Comment s’articule le parcours de soins de l’enfant ?
Le parcours est conçu pour éviter toute perte de chance. Il repose sur un repérage systématique lors des examens obligatoires, en utilisant l’âge corrigé pour les prématurés jusqu’à l’âge de 2 ans.
- Le repérage : Réalisé par le médecin de première ligne face à des « signes d’appel » (décalages d’acquisitions) ou des « signes d’alerte » (déviations importantes). Toute inquiétude parentale doit être considérée comme un signe d’appel.
- L’orientation : Si un TND est suspecté, l’enfant est orienté vers une consultation spécialisée (médecin formé aux TND) ou vers une Plateforme de Coordination et d’Orientation (PCO).
- L’action : L’intervention précoce ne doit pas attendre un diagnostic définitif. Le délai entre le repérage et le début des soins ne devrait pas excéder 3 mois pour les enfants de moins de 18 mois.
Quelles interventions kinésithérapiques pour quels troubles ?
La kinésithérapie est une pierre angulaire de l’intervention précoce, souvent à prioriser selon le type de déficit :
- Troubles du tonus, de la motricité ou de la posture : La kinésithérapie est recommandée en première intention, aux côtés de l’ergothérapie et de la psychomotricité.
- Troubles de l’oralité alimentaire : Notre expertise est sollicitée en complément de l’orthophonie.
- Guidance parentale : Elle est indispensable. Il s’agit de soutenir les compétences des parents et d’intégrer des stratégies de régulation émotionnelle pour le nouveau-né vulnérable.
L’objectif est de maintenir une trajectoire neurodéveloppementale dynamique, en s’appuyant sur des stimulations environnementales bénéfiques.
Preuves et Données Scientifiques pour le Praticien
- Grades de recommandation : La surveillance de la grande prématurité et de l’encéphalopathie hypoxo-ischémique repose sur une présomption scientifique forte (Grade B). L’efficacité des interventions précoces est soutenue par des preuves de Grade C ou des accords d’experts (AE).
- Calendrier des tests : Chez les enfants à haut risque, l’utilisation de tests de repérage globaux standardisés (type Denver ou grilles OMS) est recommandée à 9, 18, 24, 30-36 mois, puis à 4 et 5 ans.
- Coordination : Le carnet de santé reste l’outil de référence pour consigner les facteurs de risque et assurer la continuité des soins entre les différents professionnels.
Se former pour mieux accompagner
SSK Formation propose une formation spécialisée : « Prise en charge en neuro-pédiatrie et bilan neuromoteur de l’enfant de 0 à 6 ans », dispensée par Philippe Boullery. Cette session permet d’approfondir l’examen clinique détaillé et la mise en œuvre des stratégies thérapeutiques précoces évoquées dans les recommandations de bonne pratique.
Source :
Société Française de Néonatologie / Haute Autorité de Santé (HAS). Troubles du neurodéveloppement – Repérage et orientation des enfants à risque. Recommandations de bonne pratique, Synthèse, Février 2020. Lien vers l’article