De la rééducation à la performance : L’approche holistique d’Adrien Blachère – Les enseignements de la vidéo « Le Squad de la Performance »
Dans le sport de haut niveau et même chez l’athlète amateur, la ligne de démarcation entre soigner et entraîner est de plus en plus ténue. Adrien Blachère, kinésithérapeute, ostéopathe, préparateur physique et formateur SSK, illustre cette philosophie du continuum. Pour lui, l’approche traditionnelle de la rééducation est révolue. Le kiné moderne doit intégrer les principes de la performance pour accompagner l’athlète « de la blessure à l’ultime perf« .
Cet article, inspiré par les échanges de la vidéo « Retour au sport : Les Erreurs que Tout le Monde fait » publiée sur la chaîne « Le Squad de la Performance« , décortique les pratiques essentielles pour les kinés qui souhaitent optimiser leur rôle dans la performance sportive, en s’attaquant aux problématiques qui se posent quotidiennement dans votre pratique.
Comment les professionnels gèrent-ils l’intégration kinésithérapie/préparation physique dans le continuum de la performance sportive ?
L’intégration réussie repose sur la capacité des professionnels à brouiller les frontières entre les disciplines afin de penser le sportif « dans sa globalité ».
- Maîtriser la Charge (Planification et Quantification) : Pour les kinés, une progression s’impose dans la compréhension des mécanismes, de la planification, de la quantification et de la réalisation de la charge. Une séance de rééducation n’est pas un ensemble d’ateliers sans lien, mais bien une séance de musculation adaptée. Il est impératif d’intégrer la notion de cycles et de construire des séances structurées, assurant une transition efficace vers la réathlétisation (réathlé) et le retour à la performance (RTP).
- Un Langage Commun : Pour que le processus soit fluide, le kiné doit être capable d’utiliser un langage commun que le préparateur physique comprendra, notamment sur les critères de fin de rééducation. Le préparateur physique, en retour, doit être attentif aux signaux du corps et servir de sas de décompression, adaptant la charge individuelle pour éviter de jeter l’athlète directement à haute intensité.
- Gestion Holistique : L’approche intégrée permet au praticien d’avoir un « pouvoir d’action assez large » et de suivre l’athlète sans « abandonner le navire » lors de la transition entre les phases. Dans ce modèle, l’optimisation de la performance est le but, que le point de départ soit une blessure ou une simple quête d’amélioration.
Quels processus méthodologiques assurent-ils un retour au sport sans peur ni appréhension après une blessure ?
Un sportif ne peut pas reprendre l’entraînement dès qu’il n’a plus mal. Le retour au sport (RTS) ne consiste pas à « guérir quelqu’un », mais à le rendre « prêt à faire sa nouvelle activité« . L’objectif est de recréer un terrain propice à la performance « sans peur ni appréhension avec aucune limite physique ou psychique« .
- Objectivation et Tests Factuels : La reprise doit être basée sur des argumentations construites et des tests objectivés. Il faut tester et re-tester pour créer un historique de progression. Les critères de validation incluent la vérification que les niveaux de force et la mécanique pure sont suffisants.
- Des tests comme la vitesse de sprint ou les tests d’agilité sont essentiels.
- Des outils abordables, comme l’application My Jump, peuvent suppléer le coût des plateformes de force pour évaluer la capacité de saut.
- Le Modèle Psychosocial et l’Appréhension : Le versant psychologique (version psi) est la « face immergée de l’iceberg ». Le kiné ne doit pas ignorer l’appréhension et la peur de l’athlète.
- Les tests d’appréhension (questionnaires et ressenti subjectif) doivent être au vert. Les tests physiques seuls sont insuffisants pour renseigner sur la peur.
- Il est parfois nécessaire d’envoyer l’athlète se faire accompagner par des psychologues du sport ou des préparateurs mentaux.
- L’Objectif du 110 % et la Charge Lourde : Une fois la cicatrisation tissulaire validée, il est impératif d‘appliquer de la charge. Si l’athlète s’est blessé, c’est qu’il n’était pas assez solide. Par conséquent, le processus de réathlétisation doit viser à le ramener à 110 % de sa capacité pour qu’il tolère encore plus d’adaptation et prévenir la récidive. Il faut sortir de sa zone de confort et exposer l’athlète à des charges lourdes pour obtenir des réponses pertinentes.
- La Décision Commune : Le retour au sport est idéalement une décision commune émanant d’une synthèse d’informations (tests objectifs, critères subjectifs) fournies par l’ensemble de l’équipe (médecins, kinés, prépas). C’est ensuite l’athlète qui, bien informé, « tranche » et choisit de reprendre.
Quelles méthodes d’entraînement innovantes, incluant la charge asymétrique et cognitive, optimisent l’adaptation athlétique ?
L’optimisation de l’adaptation nécessite de décaler le seuil de tolérance de l’athlète en le préparant non seulement physiquement, mais aussi cérébralement, à l’imprévu.
- Entraînement Asymétrique pour l’Imprévu : L’entraînement asymétrique pousse le corps à réagir à une contrainte inattendue. Il permet de développer la capacité de l’athlète à gérer des situations non planifiées, comme un contact en rugby ou une feinte.
- Exemple : Soulever un deadlift avec 70 kg d’un côté et 20 kg de l’autre force le corps à s’adapter et à se réorganiser sous l’effort.
- Entraînement Cognitif (Perturbation Visuelle) : Crucial pour les sports à haut engagement (comme le VTT de descente à plus de 40 km/h) où la prise d’information rapide et la réaction sont vitales.
- Méthode : Utiliser des lunettes stroboscopiques lors de l’entraînement. Ces lunettes troublent l’afférence visuelle et obligent l’athlète à travailler sa réadaptation et à prendre l’information rapidement, même sous fatigue cognitive.
- Application : Ce type de stimulation est appliqué fréquemment et régulièrement. Il est également pertinent dans la rééducation des ligaments croisés opérés, qui peuvent présenter une dépendance visuelle accrue.
- Individualisation et Cartographie : Toutes ces méthodes doivent s’inscrire dans une démarche d’individualisation. Il est nécessaire de réaliser une carte d’identité (cartographie) complète de l’athlète pour identifier précisément ses faiblesses et le prisme d’attaque pour le développement (mécanique ou psychosocial).
Pour aller plus loin : Formation SSK
SSK Formation propose une formation complète en kinésithérapie du sport incluant des modules dispensés par Adrien Blachère, notamment le module Genou du sportif, travail excentrique et la douleur, permettant aux kinésithérapeutes d’acquérir les compétences nécessaires en planification de charge, gestion du RTS et techniques de renforcement spécifiques pour un accompagnement optimal de leurs athlètes.
Source
- Titre de la vidéo : Retour au sport : Les Erreurs que Tout le Monde fait.
- Source : Le Squad de la Performance.