L’Endofibrose Iliaque : Décrypter cette Pathologie de l’Athlète d’Endurance pour Optimiser votre Pratique Kiné
En tant que kinésithérapeutes, vous recevez souvent des sportifs de haut niveau souffrant de douleurs aux membres inférieurs. Si les causes orthopédiques ou neurologiques sont les premières envisagées, une pathologie vasculaire spécifique doit rester dans votre radar : l’endofibrose de l’artère iliaque externe (EAIE), aussi appelée « syndrome iliaque du cycliste ».
Quelles sont les causes physiopathologiques et les facteurs de risque ?
L’endofibrose iliaque est une pathologie rare qui touche principalement des athlètes jeunes et en bonne santé. Contrairement aux pathologies vasculaires classiques, elle résulte d’un épaississement de l’intima de l’artère, provoquant une sténose.
Sa physiopathologie est multifactorielle et étroitement liée à la pratique sportive intensive :
- Posture en hyperflexion chronique : Typique du cyclisme, cette position entraîne des étirements et des déformations répétées de l’artère iliaque.
- Facteurs anatomiques : Des artères iliaques naturellement longues ou une hypertrophie du muscle psoas peuvent accentuer le pliage (kinking) de l’artère.
- Contraintes hémodynamiques : Un débit cardiaque élevé durant l’effort augmente le stress sur la paroi vasculaire.
- Mobilité limitée : La fixation relative de l’artère iliaque limite ses mouvements, favorisant son élongation pathologique.
Imagerie : comment la distinguer de l’athérosclérose ?
Il est crucial pour le praticien de comprendre que l’endofibrose iliaque présente des caractéristiques histologiques et radiologiques bien distinctes de l’athérosclérose classique.
Alors que l’athérosclérose est marquée par des calcifications et une inflammation importante, l’endofibrose se caractérise par un tissu conjonctif lâche, avec très peu d’inflammation et aucune calcification.
Les outils de diagnostic moderne permettent de confirmer cette différence :
- L’Écho-Doppler : Révèle un épaississement de la paroi intimale et une modification du flux (flux biphasique, élargissement spectral) au niveau du rétrécissement.
- L’Angio-IRM (notamment la technique QISS) : Elle permet d’identifier une sténose diffuse, lisse et longue, souvent localisée sur l’artère iliaque externe, sans avoir recours à des produits de contraste.
- L’Index de Pression Systolique (IPS) : Un signe clinique fort est la chute de l’IPS (baisse > 0,3) mesurée immédiatement après l’effort, alors que les valeurs sont normales au repos.
Quelles options thérapeutiques pour les athlètes d’endurance ?
Le choix du traitement dépend des objectifs de performance de l’athlète et de l’impact sur sa qualité de vie.
- Approche Chirurgicale : C’est souvent l’option privilégiée pour ceux souhaitant poursuivre la compétition à haute intensité. La technique de référence est l’endofibrosectomie avec angioplastie par patch. L’intervention peut aussi inclure le raccourcissement de l’artère ou la libération des branches artérielles du muscle psoas pour prévenir les récidives de pliage.
- Approche Conservatrice : Elle est conseillée si l’athlète accepte de modifier sa pratique. Cela implique d’éviter l’hyperflexion extrême de la hanche et de limiter les efforts maximaux.
- Techniques Endovasculaires : Bien que moins privilégiées historiquement à cause des risques de dissection, l’usage de stents flexibles et actifs émerge comme une alternative possible.
Focus sur la prise en charge des cyclistes
Le cyclisme est le sport le plus représenté, l’artère iliaque externe étant touchée dans environ 95 % des cas. En cabinet, le kinésithérapeute doit suspecter cette pathologie devant une claudication de la cuisse qui survient exclusivement lors d’efforts de haute intensité et qui disparaît rapidement (souvent en moins de 5 minutes) à l’arrêt de l’exercice. Il est essentiel de noter que ces patients sont généralement asymptomatiques au repos ou lors des activités de la vie quotidienne.
Le diagnostic en cabinet : quels tests cliniques simples ?
Même sans accès immédiat à un plateau d’imagerie complexe, le kinésithérapeute peut orienter son diagnostic grâce à des tests simples :
- L’anamnèse ciblée : C’est l’outil le plus puissant. Recherchez une claudication de la cuisse qui survient exclusivement lors d’efforts de haute intensité. Un signe pathognomonique est la disparition totale des symptômes en moins de 5 minutes après l’arrêt de l’exercice. Si le patient est asymptomatique au repos ou lors de la marche simple, la piste vasculaire s’accentue.
- La palpation du pouls fémoral : Une diminution de la force du pouls fémoral (pouls dit « faible ») du côté atteint peut être observée lors de l’examen clinique.
- La mesure de l’IPS post-effort : Si vous disposez d’un brassard à tension et d’un Doppler de poche, mesurez l’Index de Pression Systolique (IPS) immédiatement après un effort déclenchant la douleur. Une chute de l’IPS supérieure à 0,3 est un indicateur fort d’endofibrose.
Optimisation posturale : comment adapter le vélo ?
La prévention et la gestion conservatrice reposent sur la réduction des contraintes mécaniques sur l’artère iliaque. La physiopathologie montre que la posture en hyperflexion chronique est un facteur majeur de risque, car elle provoque des étirements et des déformations répétées de l’artère.
Pour limiter les risques, l’adaptation posturale doit viser à :
- Éviter l’hyperflexion extrême de la hanche : Il est conseillé de modifier les réglages pour « ouvrir » l’angle entre le tronc et la cuisse au point mort haut du pédalage.
- Réduire le « kinking » (pliage) : Étant donné que l’hypertrophie du muscle psoas peut accentuer le pliage de l’artère, une position moins agressive (guidon plus haut ou selle avancée, selon le profil) peut être envisagée pour limiter cette compression dynamique.
Chirurgie et récupération : à quoi s’attendre ?
L’option chirurgicale de référence est l’endofibrosectomie avec angioplastie par patch. Cette intervention vise à retirer le segment fibreux tout en libérant parfois les attaches artérielles au muscle psoas pour éviter les récidives de pliage.
- Succès à long terme : Les données montrent un excellent pronostic pour la reprise du sport de haut niveau, avec un soulagement des symptômes lors d’efforts maximaux chez 90 % des patients à un an de suivi.
- Durée de récupération : Bien que les sources ne détaillent pas le protocole de rééducation semaine par semaine, elles soulignent que la reconstruction avec des greffons (autologues ou prothétiques) offre un soulagement durable par rapport à d’autres techniques.
Dans la pratique courante, la reprise progressive du cyclisme en endurance fondamentale intervient généralement après 4 à 6 semaines, mais la reprise des efforts maximaux nécessite souvent 3 mois de cicatrisation vasculaire.
Résumé pour la pratique : Preuves et chiffres clés
- Localisation : L’artère iliaque externe est concernée dans 95 % des cas, contre 14,4 % pour l’iliaque commune.
- Signe d’alerte : Chute de l’IPS post-effort > 0,3.
- Succès chirurgical : Jusqu’à 90 % de soulagement symptomatique à un an après une réparation chirurgicale.
- Diagnostic différentiel : Absence totale de calcification (contrairement à l’athérosclérose).
- Profil type : Athlète d’endurance (cycliste, coureur, rugbyman) se plaignant d’une douleur de cuisse à l’effort maximal uniquement.
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Source :
- Titre : External iliac artery Endofibrosis in a professional cyclist.
- Auteurs : Mansi Verma, Niraj Nirmal Pandey, Sanjeev Kumar.
- Référence : Indian Assoc Cardiovasc Thorac Surg. 2022 Apr 8;38(5):556–558.
- Lien : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC9424394/